Voilà ce qui arrive quand les pharmaciens ne sont plus les propriétaires

« Voilà ce qui arrive quand les pharmaciens ne sont plus les propriétaires: »

Commentaire d’une collègue en réponse à la lettre de Mme Fizazi publié dernièrement en réponse à l’article de Mme Grammond sur La Presse. Elle fait référence à un article récemment apparu dans le New York Times intitulé: 
“Comment le chaos dans les chaînes de pharmacie met les patients en danger”
Dans cet article, on y trouve des témoignages troublants :

De la part des pharmaciens:

« Nous sommes obligés de harceler les patients de prendre des médicaments inutiles, de demander des renouvellements inutiles et d’inscrire les patients à des programmes de renouvellement automatique qui entraînent des duplications de traitement dangereuses et des prises de médicaments qui étaient destinés à un usage unique.»
– Pharmacien(ne) du Missouri

« Il y a tellement de pression pour travailler vite qu’il y a des nuits où je rentre chez moi en espérant ne pas avoir fait d’erreur dans toute la folie. Je travaille de 8 à 10 heures sans interruption. Certains jours, je fais un quart de travail complet sans trouver le temps d’aller aux toilettes. »
– Pharmacien(ne) du Missouri

« Mes collègues pharmaciens et techniciens en pharmacie sont à bout. Les chaînes de pharmacies nous empêchent de prendre soin de nos patients et les exposent à faire des erreurs de médication dangereuses. »
– Pharmacien(ne) du New Jersey

« Je me suis abstenu de boire parce que je ne pouvais pas aller aux toilettes. Je me suis retrouvé à plusieurs reprises avec des calculs rénaux et des infections urinaires. »
– Pharmacien(ne) en Caroline du Sud

« On nous demande de faire des choses que nous savons sont dangereuses. Si nous ne les faisons pas ou ne pouvons pas les faire, nos employeurs trouveront quelqu’un d’autre qui le fera, et ils essaieront probablement de les payer à moindre salaire pour le même travail. »
– Pharmacien(ne) Caroline du Sud

 De la part des patients: 

Alyssa Watrous, une jeune femme de 17 ans du Connecticut, ne savait pas pourquoi elle avait un mal de tête, des nausées et des étourdissements jusqu’à quand elle réalise que CVS lui avait donné par erreur un médicament contre l’hypertension destiné à quelqu’un d’autre au lieu de sa pilule pour l’asthme

Edward Walker, 38 ans, s’est retrouvé à l’urgence, les yeux gonflés et brûlants après y avoir mis des gouttes pendant cinq jours en novembre 2018 pour traiter une légère irritation. Un Walgreens de l’Illinois lui avait accidentellement fourni des gouttes pour les oreilles – pas des gouttes pour les yeux.

Mary Scheuerman, 85 ans, l’erreur n’a été découverte que lorsqu’elle était en train de mourir dans un hôpital de Floride en décembre 2018. Une pharmacie Publix avait servi un puissant médicament de chimiothérapie au lieu de l’antidépresseur que son médecin lui avait prescrit. Elle est décédée environ deux semaines plus tard….

Les paramètres de performance

Nos amis pharmaciens au sud de la frontière ont du mal à remplir les ordonnances, à donner des vaccins contre la grippe, à entretenir le service au volant, à répondre aux téléphones, à faire la caisse, à conseiller les patients et à appeler les médecins et les compagnies d’assurance, tout en faisant la course pour atteindre les paramètres de performance qu’ils qualifiaient de déraisonnables et dangereux dans une industrie pressée de faire plus avec moins.

Presque tout est suivi et contrôlé : les appels téléphoniques aux patients, le temps nécessaire pour remplir une ordonnance, le nombre de vaccinations administrées, le nombre de clients qui s’inscrivent pour des fournitures de médicaments pour 90 jours, pour n’en nommer que quelques-uns.

Dans des lettres adressées aux conseils de réglementation des États et dans des entretiens avec le New York Times, de nombreux pharmaciens d’entreprises comme CVS, Rite Aid et Walgreens avertissent que cette pression de faire plus avec moins dans le but d’augmenter la profitabilité les empêche d’effectuer leur travail sans mettre le public en danger.

Environ 70% des ordonnances aux États-Unis sont délivrées par des grandes chaînes de pharmacies, des supermarchés ou des détaillants comme Walmart.

Forcés de travailler plus vite

«Les paramètres de performance exercent une pression sur le personnel de la pharmacie pour qu’ils exécutent les ordonnances le plus rapidement possible, ce qui entraîne des erreurs», a écrit un pharmacien.

Sur près de 1 000 pharmaciens qui ont répondu à l’enquête, 60% ont déclaré qu’ils étaient «d’accord» ou «fortement d’accord» qu’ils «se sentaient obligés ou intimidés de respecter des standard ou des paramètres de performances susceptibles de nuire à la santé des patients». Environ 60% des répondants travaillaient pour des grandes chaînes de pharmacies, par opposition aux hôpitaux ou aux pharmacies indépendantes.

Des renouvellements inutiles

Le Dr Mark Lopatin, rhumatologue en Pennsylvanie, dit qu’il est inondé de demandes de renouvellement pour presque chaque prescription qu’il écrit, même pour les médicaments destinés à un traitement unique tel un stéroïde pour traiter une poussée d’arthrite, par exemple.

La Dre Rachel Poliquin, psychiatre en Caroline du Nord, dit qu’elle reçoit aussi constamment des demandes de renouvellement. Elle estime qu’environ 90% de ses patients disent qu’ils n’ont jamais demandé à leur pharmacie de la contacter.

Les pharmaciens ont déclaré au Times que les nombreuses demandes de renouvellement étaient générées par des systèmes automatisés conçus en partie pour augmenter les ventes. D’autres sont le résultat d’appels téléphoniques de pharmaciens, qui disent faire face à des pressions pour atteindre des quotas.

Servir des quantités dangereuses

L’American Psychiatric Association a essayé de s’attaquer à un problème connexe où les pharmacies donnait aux patients une plus grande quantité de médicaments que les médecins avait prescrit.

Selon Dr Schwartz, président de l’association, plus en plus de ses membres rapportent que leurs instructions de servir de plus petites quantités sur les ordonnances étaient ignorées.

Dr Charles Denby, psychiatre du Rhode Island, est devenu tellement préoccupé par cette pratique qu’il a commencé à étamper ses ordonnances, «À DES INTERVALLES MENSUELS UNIQUEMENT». Malgré ses instructions explicites, il a reçu des télécopies de CVS disant que ses patients avaient demandé – et reçu – des fournitures pour 90 jours.

“Je suis dégoûté par cela”, a déclaré le Dr Denby, qui craint que les patients tentent de se suicider avec un excès de médicaments. «Il va y avoir des morts uniquement parce qu’ils ont suffisamment de médicaments passer à l’acte.» dit-il.

Selon les documents obtenus par le New York Times : Les membres du personnel étaient censés persuader 65% des patients de s’inscrire à des renouvellements automatiques, 55% des patients de passer à un service de 90 jours au lieu de 30 jours et 75% des patients à demander à la pharmacie de contacter leur médecin avec une « demande de renouvellement proactive » Si une ordonnance expirait ou n’avait pas de renouvellement.

En conclusion

Pas besoin d’aller loin pour voir à quoi ressemble des pharmacies où on priorise les coûts et les profits au dépends du personnel et des patients.

Le danger de s’acharner à réduire le profit des pharmacies comme le fait Mme Grammond, c’est que comme aux États-Unis, ça pousse les pharmaciens du Québec à faire plus avec moins et les gens seront tentés de s’inspirer des pratiques de nos malheureux voisins du sud pour que leurs pharmacies restent profitables…

Et qui en payera le prix ? – Les patients et les 41,000 travailleurs en pharmacies du Québec.

Qui en sort le grand gagnant ? – Les compagnies d’assurances privés, avec leurs millions et millions de dollars de profit…

Sources:
NY Times : How Chaos at Chain Pharmacies Is Putting Patients at Risk
AQPP : Votre pharmacien propriétaire: un créateur d’emplois